La première fois que j’ai rencontré Martine Deny, c’était il y a quelques années lors d’une exposition collective à la galerie « Am Tunnel. » Tout de suite, je me suis interrogée : Comment cette frêle petite femme brune, toute en discrétion et en retenue pouvait créer des œuvres aussi puissantes, véritables fusions de l’être et du Cosmos et si belle leçon sur la détermination humaine et sa lutte perpétuelle dans l’existence ?
Les petits personnages dont Martine Deny émaille ses œuvres sont à appréhender comme nos avatars. Ils sont pris dans le tourbillon de la vie, vie pleine de chausse-trappes, d’ornières. Et pourtant, les bonhommes, courent, grimpent, glissent, tombent, se relèvent, se redressent.
Diantre, ils en ont dans les tripes, ces bipèdes hyperactifs, audacieux, intrépides et opiniâtres ! La question est de savoir où va les mener cette course effrénée ? Allégorie de l’existence, pied de nez à ceux qui veulent aller plus loin, plus vite au risque de faire trébucher les autres et de se perdre. Pourquoi pas ? La dame brune nous délivre sans doute un message incisif. Libre à nous de le déchiffrer en tant que tel.
Dans son atelier de Bridel largement ouvert sur la nature, l’artiste recrée un mini-monde, un microcosme où, au milieu d’océans de couleur, au cœur de l’atome ou de la cellule, palpite comme dans la soupe originelle, un condensé de vie. Oui, Martine Deny touche à l’universel dans ses créations.
Les dernières productions le démontrent bien en devenant des sortes de réceptacles de la mémoire collective et de l’histoire. La peintre-vidéaste y fait rimer l’intime, le privé en le mêlant à l’image dérivée, au collage, à l’écrit. Fille, sœur, femme, mère, l’artiste joue élégamment dans ce quartette explosif, parfois pétri de contraintes et nous divulgue beaucoup d’elle-même néanmoins toujours derrière le voile de l’universel.
Nathalie Becker